Veuf
Veuf
Parution : 
05/10/2011
Collection : 
La Bleue

Widower

Rights sold to China (Shanghai 99), Denmark (Arvids), Taiwan (Aquarius) and Turkey (Yapi Kredi).

“I’m a widower, Sylvie died on the 12th of November, it’s so sad, this year we won’t go and shop the sales together. She left discreetly, on tiptoe, with a graceful leap and the sound that happiness makes as it leaves. Sylvie left me, but not for someone else. She fell delicately with the autumn leaves. We were watching a bird crossing the river and discussing the colour of its beak. We disagreed, I said, ‘You can’t see, you’re not wearing your glasses,’ she wouldn’t put them on out of coquettish vanity and replied, ‘I can see very well far away,’ and fell silent, forever.
    I was very lucky to meet her, she carried me along at arm’s length, with an ever-present smile. It was a meeting between an optimistic woman and a pessimistic man, an altruistic woman and a selfish man. We were complementary, I had faults, she had qualities. She put up with me for forty years with a smile (and I wouldn’t wish myself on anyone). She didn’t like talking about herself, even less if people were saying good things. I’m going to make the most of it, now that she’s gone.”

    Jean-Louis Fournier wanted to be first to die, he lost. His wife has gone, he has no one left to talk to about himself. So, as consolation or as revenge, by talking of her, he can talk about himself.

« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c’est bien triste, cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble. Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On n’était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement. 
J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m’a porté à bout de bras, toujours avec le sourire. C’était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste. On était complémentaires, j’avais les défauts, elle avait les qualités. Elle m’a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie. »

Jean-Louis Fournier souhaitait mourir le premier, il a perdu. Sa femme partie, il n’a plus personne avec qui parler de lui. Alors pour se consoler, ou pour se venger, en nous parlant d’elle, il nous parle de lui.

160 pages
Format :
135 x 215 mm
EAN : 
9782234070899
Prix : 
15.75 €

L'auteur

Jean-Louis Fournier

Fournier
Jean-Louis Fournier est l’auteur chez Stock d’une série de récits personnels dont la plupart ont connu un grand succès critique et public : Il a jamais tué personne, mon papa, Où on va papa ? (prix Femina 2008), Po...