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« À 19h06, le premier camion citerne arrive sur la décharge d’Akouédo, à douze kilomètres du port d’Abidjan, et déverse plus de trente-six tonnes de déchets. Les émanations exhalent l’oeuf pourri, le cadavre très gâté, le concentré d’ail et le mercaptan, la molécule pétrochimique qui odorise le gaz du commerce. L’odeur est puissante, épaisse. La nappe s’étale et atteint très vite le village d’Akouédo. À deux heures du matin, les femmes sortent dans la rue, mains et pagnes protégeant le nez et la bouche. Qu’est-ce qui peut autant empuantir, mettre ainsi le feu aux bronches et donner le mal de tête ? Les toux se répondent en écho dans le village, les interrogations se transforment en sentiments de peur et de colère. Certains saignent déjà du nez, tous ont la sensation d’étouffer, d’être pris dans une tenaille invisible. »


En août 2006, le Probo Koala, navire vraquier affrété par la société Trafigura, troisième négociant de pétrole sur la planète, fut à l’origine de la catastrophe écologique survenue en Côte d’Ivoire en déchargeant, au port d’Abidjan, 500 tonnes de déchets toxiques. Ces derniers, répandus à terre en zone de décharge, entraînèrent la mort de 10 personnes et l’intoxication de 6 000 autres.
Cet ouvrage, qui mérite amplement l’appellation de « thriller », raconte comment le Probo Koala, à la fois tanker et usine flottante, en vient un jour à déposer sa mystérieuse cargaison sur le port d’Abidjan. Mystérieuse et assassine : les émanations sèment la mort dans la capitale ivoirienne, obligeant les dirigeants politiques du pays à faire croire qu’ils séviront – mais seuls les troisièmes couteaux seront finalement sanctionnés.
Cette affaire révèle comment certaines compagnies transforment le monde, et surtout le tiers-monde, en poubelle, tirant de cette poubelle d’incroyables profits. C’est tout un système que les auteurs de ce livre mettent à nu : comment on mélange les carburants au mépris des normes pour en tirer un profit immédiat ; comment les circuits sont mondiaux et les navires, des paramètres sur ces circuits ; comment on étouffe les affaires pour continuer de faire des affaires. L’enquête est serrée, minutieuse, extrêmement informée. Elle se lit comme un roman. À terme, on regrette que ce ne soit pas un roman.