NEWSLETTER

Les poupées

Clovis Goux

Acheter votre format
Commander selon votre format
Papier20,90 €Numérique14,99 €
1953. Sous le pseudonyme de Ka-Tzetnik 135633, Yehiel Dinur, survivant d’Auschwitz, publie  House of Dolls  qui le rendra mondialement célèbre. Présenté comme le récit de sa sœur Daniella forcée à se prostituer dans un camp de concentration nazie, le livre transcende toute idée de vérité historique pour basculer dans des fictions fantasmatiques nées de sa terrible expérience des camps.
Rome 1968, le réalisateur Luchino Visconti voit une apparition démoniaque surgir dans la pénombre de son appartement. La créature lui inspire  Les Damnés  et l’entraîne jusqu’à son pandémonium.
Los Angeles 1968, le producteur de séries B Bob Cresse prépare le tournage d’un film qui va « révolutionner l’histoire du cinéma », selon lui. Premier long métrage à mettre en scène les sections de la joie nazis,  Love Camp 7  fera du pionnier un paria.
Khartoum 1974, la cinéaste Leni Riefenstahl, qui édifia les canons esthétiques du nazisme à travers ses films de propagande, se lance dans une expédition photographique au sud Soudan, cherchant à capturer « la beauté éternelle » du peuple Nouba et à faire oublier son passé.

D’Israël à Hollywood, de l’Italie à l’Afrique noire s’élaborent ainsi les conditions d’une vague cinématographique sans limites et sans morale : la Nazisploitation. De la série B  Love Camp 7  au film d’auteur grand spectacle  Les Damnés, du « nazi trash » au « nazi chic », deux veines  a priori  opposées exploitent à l’identique une même fascination pour la mort, le mal et la décadence avec le kitch comme seul horizon esthétique.

Au vertige créé par la superposition des récits s’ajoute celui du questionnement de cette exaltation de la pornographie et de l’ultraviolence sous le feu du nazisme. De ces destins entrecroisés, Clovis Goux tire un roman qui sous-tend, avec force et virtuosité, limites de la fiction et dérives de l’art.